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Tous terrestres ! Les sciences humaines sur la piste animale

© Yolaine Escande
crédits : Image : © Yolaine Escande

Tables rondes

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Description

Empreintes, vols, esquives, les animaux tracent leur vie à même la terre, le ciel et les eaux : des chercheurs suivent ces pistes qui rappellent que les humains sont des vivants singuliers parmi d’autres vivants singuliers, arpentant une planète. Cette table ronde revient sur ce qui nous relie fondamentalement aux autres vivants : notre arche commune.

Travaillant sur différentes époques, aires culturelles et langues, Pierre-Olivier Dittmar, Yolaine Escande, Anne de Malleray, Baptiste Morizot et Anne Simon traiteront des paysages et de la notion de nature dans des temps et des espaces diversifiés, de la création en calligraphie, de la vie sensible des alphabets, de l’art et de la littérature en prise sur les éléments, de l’étrangeté émouvante de notre histoire quand on la considère au prisme des bêtes… La piste animale le leur a appris, il n’est pas de recherche qui ne soit une recherche sensible, ancrée sur la Terre, partagée et partageable.

Moby Dick, si tant est qu’on accepte de voir en ce dernier non pas seulement une allégorie du mal, de la passion, de la folie ou de l’inconscient, mais aussi et surtout un cachalot, se définit avant tout par sa fuite devant l’homme. Sorte de blanc au niveau de la représentation, cette « baleine blanche » n’apparaît en personne (assumons le terme !) qu’à la toute fin du roman d’Herman Melville, en une apothéose où se trouvent engloutis l’ensemble des protagonistes du roman. L’animal pourtant – malin comme ces innombrables tricskters animaux qui jouent des tours aux humains dans toutes les cultures du monde – laisse en vie un témoin, destiné à écrire le roman de son pistage… Ce qui de page en page se donne donc à lire est l’histoire d’une échappée mais aussi d’une production de récit, fomentée par l’animal qu’on croyait dépourvu de langage ! La traque se découvre d’autant plus ardue que, dans l’élément marin, l’animal, rusé et pervers de surcroît, ne laisse pas de traces : seuls des témoignages humains, paroles toujours incertaines, permettent de suivre une piste invisible et sans odeur. Comble de l’ironie, c’est l’animal qui finit par donner la chasse au chasseur, Achab et Moby Dick fusionnant dans les dernières pages du roman, attachés par un harpon qui ressemble fort à un cordon ombilical – diabolique ou merveilleux, au choix.

La piste animale engage donc des histoires de langage, de fuites, de tours, de détours, de passions, de survie… À l’heure de la Sixième Extinction des espèces, l’objectif de la table ronde est de réunir des chercheurs en histoire, en arts, en philosophie, en littérature, pour rendre compte de l’importance d’une recherche éthique dédiée au souci pour les Terrestres – y compris ceux vivant dans les airs, sous terre et dans les eaux.

Il s’agira de contrer le catastrophisme médiatique paralysant en montrant que la recherche contemporaine, au plus proche des animaux dont elle cherche à apprendre les langages, les émotions, les modes fascinants de perceptions, les temporalités inimaginables, suit grâce à eux des pistes nouvelles, faites de chemins de traverse et de déplacements, d’inventions collectives et de productions artistiques, de bricolages bancals mais efficaces, qui intéressent l’ensemble de la société civile. Il s’agira plus particulièrement d’aborder la pluralité trop souvent mise à mal des vivants, d’engager une réflexion sur les notions de nature (« règnes », « éléments », « urbain », « sauvage », « paysage »…), d’habitation, de planète et d’entrelacements entre formes de vie.

Table ronde ayant reçu la labellisation des « 80 ans du CNRS ».

A lire:

Sur la piste animale, Baptiste Morizot, , Actes Sud, 2018

« Zoopoétique. Des animaux en littérature moderne de langue française », André Benhaïm et Anne Simon dir., Revue des Sciences humaines, n° 328, décembre 2017

« Sur la piste animale », Anne de Malleray dir., Billebaude, n° 10, juin 2017.